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Bouteille de vin ouverte : ce qui se passe, et comment la garder

Bouteille de vin ouverte : ce qui se passe, et comment la garder

Trois à cinq jours au réfrigérateur, rebouchée : c'est ce que tient en général une bouteille de vin ouverte, rouge ou blanc, avant que l'oxydation ne l'emporte. Pour conserver un vin ouvert plus longtemps, il faut limiter l'oxygène, baisser la température et adapter la technique au type de vin, tranquille ou effervescent.

Trois leviers, par ordre d'efficacité : le froid (frigo pour toutes les couleurs), moins d'air dans la bouteille (vin transvasé dans un petit flacon, pompe à vide ou gaz inerte), un bouchon hermétique. Les vins sans sulfites ajoutés et les effervescents se gardent moins longtemps que les autres.

Pourquoi un vin ouvert change-t-il si vite ?

Tant que la bouteille est fermée, le vin vit presque sans oxygène : le bouchon n'en laisse passer que des traces, et c'est ce lent échange qui fait le vieillissement du vin en cave. À l'ouverture de la bouteille, tout change. L'air entre en contact avec la surface du liquide, et le processus d'oxydation démarre.

La première heure lui fait souvent du bien. Un rouge serré, comme certains grenaches et syrahs du Languedoc, s'ouvre, des arômes que le goulot retenait apparaissent, c'est tout l'intérêt de la carafe. Ensuite l'oxygène continue son travail : l'éthanol se transforme progressivement en éthanal, dont l'odeur évoque la pomme blette ou la noix, puis, si des bactéries acétiques s'en mêlent, en acide acétique. Le vin tourne alors au vinaigre. Ce n'est pas une question de goût mais de chimie, et elle est irréversible : aucune astuce ne rend à un vin oxydé sa fraîcheur.

Trois facteurs règlent la vitesse de ce processus :

  • la surface de contact avec l'air : une bouteille aux trois quarts vide expose beaucoup plus de vin à l'oxygène qu'une bouteille presque pleine ;
  • la température : chaque degré en moins ralentit les réactions, c'est pourquoi le frigo reste le premier conseil ;
  • la protection du vin lui-même : les tanins, l'acidité, le sucre et le soufre ajouté à la mise en bouteille freinent l'oxydation du vin.

La lumière, la chaleur et l'exposition au soleil jouent aussi, dans une moindre mesure : un flacon laissé sur le plan de travail d'une cuisine chaude se dégrade deux fois plus vite qu'au frais. Tout l'enjeu est donc de ralentir le processus, puisqu'on ne peut pas l'arrêter.

Combien de temps se garde une bouteille de vin ouverte ?

Il n'existe pas de durée de conservation unique : tout dépend du type de vin, de la quantité de vin restant et de la façon dont on le garde. Les repères ci-dessous valent pour une bouteille rebouchée et gardée au frigo. À température ambiante, il faut compter environ deux fois moins de temps.

Type de vinTemps de conservation au frais, rebouchéSigne qu'il faut le finir
Vin blanc sec, rosé3 à 5 joursle fruit s'efface, la couleur fonce
Vin rouge léger (pinot noir, gamay)2 à 3 joursnez plat, bouche aigrelette
Vin rouge tannique (syrah, cabernet)3 à 5 joursnotes de pruneau, de cuir mou
Champagne, crémant, pétillant1 à 3 jours avec un bouchon spécifiquebulles rares, vin qui paraît sucré
Vin doux, vin jaune, vins mutésplusieurs semainesrarement avant un mois
Vin nature sans sulfites ajoutés1 à 3 jours, très variableodeur de cidre, pomme blette

Les vins doux et le vin jaune du Jura tiennent si bien parce qu'ils ont déjà connu l'oxygène (élevage sous voile) ou qu'un fort taux de sucre et d'alcool les protège. À l'inverse, un blanc très aromatique ou un rouge léger perdent leur qualité en premier : ce qu'ils ont de plus séduisant, le fruit, est aussi ce que l'oxydation détruit d'abord.

Ces délais recoupent ceux que donnent les sources de la sommellerie en France, et un moelleux se conserve plus longtemps qu'un sec. Le vin reste sain bien après : un vin oxydé n'est pas dangereux, il est simplement moins bon, et mieux vaut le consommer vite que le laisser s'oxyder davantage. Il peut alors finir en cuisine, dans une sauce ou un bœuf mijoté, où ses arômes de fruit cuit ne gênent personne.

Les méthodes pour conserver le vin après ouverture

Toutes les techniques de conservation visent la même chose : réduire le contact avec l'air. Elles se distinguent par leur efficacité, leur prix et le type de vin auquel elles conviennent.

Remettre le bouchon d'origine, et garder la bouteille debout

C'est le geste minimum. Le bouchon d'origine, remis dans le bon sens, ferme mieux qu'un obturateur universel en plastique. La bouteille se range debout : couchée, la surface de liquide exposée augmente, et le liège sec peut fuir. Une capsule à vis se referme simplement, et elle est plus hermétique qu'on ne le croit.

Transvaser dans un petit flacon

C'est l'astuce la plus efficace et la moins connue. Le vin restant d'une bouteille à moitié bue passe dans une demi-bouteille propre ou un petit flacon, rempli jusqu'au col, puis bouché. Il n'y a presque plus d'air au-dessus du liquide, donc presque plus d'oxydation. Une vieille demi-bouteille rincée fait parfaitement l'affaire.

La pompe à vide

Un bouchon en caoutchouc et une petite pompe retirent une partie de l'air du col. Simple et peu coûteuse, la pompe à vide donne de bons résultats sur les blancs. Sur les rouges, les avis divergent : en créant une dépression, elle peut aussi aspirer une part des arômes volatils. Elle est à proscrire pour un vin effervescent, dont elle extrairait le dioxyde de carbone.

Le gaz inerte

Une cartouche d'argon ou d'azote, gaz neutre plus lourd que l'air, forme une couche protectrice à la surface du vin sans rien modifier de sa composition. C'est la solution retenue par la plupart des bars à vin pour le service du vin au verre, et elle existe en petites bombes pour la maison.

Le système à aiguille

Une aiguille traverse le bouchon sans le retirer, et le vin est poussé dehors par un gaz neutre. La bouteille n'est jamais vraiment ouverte : un grand vin peut ainsi se servir verre après verre pendant des semaines. Le matériel est coûteux, il se justifie pour les bouteilles d'exception ou pour un service professionnel.

Peut-on garder un vin ouvert au réfrigérateur, même rouge ?

Oui, même pour un rouge ; c'est le conseil le plus utile de ce site sur le sujet. Le froid vaut pour toutes les couleurs : la conservation au frais ralentit l'oxydation bien plus que n'importe quelle fermeture, et préserve la saveur du fruit. Un vin rouge ouvert laissé à 22 °C dans une cuisine perd souvent son fruit dès le lendemain ; le même vin au frigo se boit encore bien deux ou trois jours après.

Le rouge se sort simplement du froid une demi-heure avant le service, le temps de remonter à sa température de dégustation. Beaucoup de rouges légers gagnent d'ailleurs à être servis un peu frais, autour de 14 °C : le passage par le frigo n'est pas une contrainte. Un endroit frais comme une cave ou un cellier fait aussi l'affaire, à défaut de réfrigérateur.

Seule précaution : éviter la porte du frigo, où les ouvertures répétées font varier la température, et tenir la bouteille à l'écart des aliments très odorants si elle n'est fermée que par un bouchon de liège.

Questions fréquentes sur le vin entamé

Comment conserver le vin pétillant une fois ouvert ?

Avec un bouchon spécifique à ailettes ou à ressort, qui se clipse sur le col et retient la pression, et au frigo. Le champagne et les crémants gardent alors des bulles un à trois jours. La petite cuillère glissée dans le goulot est une légende : elle ne retient aucune bulle.

Peut-on remettre un vin ouvert en cave avec les autres bouteilles ?

Ce n'est pas utile. Ce lieu convient à une bouteille fermée qui doit vieillir des années ; un vin qui se conserve une fois débouché se boit dans la semaine, et le réfrigérateur, plus froid, le protège mieux.

Un vin trop oxydé est-il dangereux à boire ?

Non. Il perd son fruit et prend des notes de pomme cuite ou de vinaigre, mais il ne devient pas nocif. Le seul risque est de gâcher un plat si l'on s'en sert en cuisine alors qu'il a viré à l'aigre.

Faut-il conserver une bouteille de vin ouverte debout ou couchée ?

Debout. Couchée, la surface exposée augmente, et une fermeture remise de travers peut couler.

Le cas des vins vivants, sans sulfites ajoutés

Le soufre ajouté à la mise en bouteille sert d'abord à ça : protéger le vin de l'oxydation. Un vin qui s'en passe n'a pas ce filet de sécurité, et il évolue plus vite une fois ouvert. Il peut aussi développer, au bout de deux jours, des odeurs proches de certains défauts propres au vin nature, comme une note de cidre ou de pomme.

Pourtant, tous ne se comportent pas pareil. Certains se ferment le lendemain, d'autres gagnent à s'ouvrir quelques heures et se goûtent mieux au deuxième jour qu'au premier. C'est ce qui rend la conversation avec le caviste utile avant d'emporter une bouteille, comme l'explique la page sur les vins naturels. Pour ces bouteilles, deux conseils suffisent : froid systématique, et transvasement dans un petit flacon si plus de la moitié a été bue.

Ce que fait un bar à vin pour servir au verre

Proposer une carte au verre suppose de tenir des bouteilles d'un service à l'autre. La question décide de ce que le client trouve à table le mercredi soir sur une bouteille ouverte le lundi. Au comptoir, la méthode tient en trois règles : chaque bouteille est datée à l'ouverture, remise au froid dès la fin du service sous gaz inerte, et goûtée avant d'être servie le lendemain.

La meilleure protection reste la rotation. Une bouteille qui se vide en deux soirs n'a pas le temps de s'abîmer, et c'est pourquoi une carte des vins au verre change souvent dans les bars à vins : on ouvre ce qui se boira vite, et on garde les vins les plus fragiles pour les soirs d'affluence. Chez soi, le raisonnement est le même : ouvrir une demi-bouteille plutôt qu'une grande quand on sait qu'on ne boira qu'un verre, c'est déjà une technique de conservation.

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