Brett, souris, refermentation : défaut ou caractère dans un vin nature

Un défaut du vin nature est une déviation sensorielle qui recouvre le fruit au point de rendre le verre désagréable ; en dessous de ce seuil, c'est un caractère. Brettanomyces, goût de souris, acidité volatile et refermentation sont les quatre plus fréquentes, et deux s'effacent parfois seules en quelques minutes.

Les repères du comptoir

  • Le goût de bouchon, l'odeur de vinaigre et l'oxydation sont sans appel : aucune aération n'y change rien.
  • Le goût de souris ne se perçoit pas au nez, mais cinq à dix secondes après avoir avalé.
  • Une réduction ou une légère effervescence s'effacent souvent en carafe : on attend avant de juger.
  • Le peu de soufre ajouté à la vinification explique cette exposition, pas un manque de savoir-faire du vigneron.

Défaut ou caractère : où passe vraiment la limite

Reconnaître un défaut suppose de le distinguer d'un arôme voulu, et la question revient chaque semaine au comptoir : le verre est servi, une odeur surprend, il faut trancher en quelques secondes. Le repère que nous employons à la Cantine tient en une phrase. Une déviance devient un défaut quand elle prend la place du fruit au lieu de l'accompagner. Un rouge du Languedoc qui sent le cuir et la garrigue derrière une belle matière reste un vin de caractère. Le même rouge dont on ne perçoit plus que le cuir, sans rien d'autre, est un vin défectueux.

Ce critère est sensoriel, donc il varie d'un palais à l'autre, et il faut l'assumer. Un dégustateur habitué aux vins naturels tolère une pointe de volatile que quelqu'un d'autre jugera rédhibitoire. C'est précisément ce que nous travaillons pendant nos ateliers de dégustation : mettre un nom sur ce que l'on sent, puis décider si cela gêne. La reconnaissance vient avant le jugement, jamais l'inverse.

Reste une limite objective, et elle est chimique. Certaines molécules sont perçues par presque tout le monde au-delà d'une concentration mesurable, et à ce stade la discussion sur le goût s'arrête. Le trichloroanisole du bouchon, l'acide acétique en excès et les tétrahydropyridines de la souris appartiennent à cette catégorie.

Les trois examens qui permettent d'identifier une déviation

La dégustation procède en trois temps, et chacun révèle une famille différente : visuel, olfactif, gustatif. L'ordre n'est pas décoratif. Ce que l'œil repère oriente ce que l'odorat ira chercher, et ce que l'odorat manque, seule la bouche le trouvera.

L'examen visuel ouvre la marche. Une robe blanche virant à l'ambre, un rouge qui brunit sur le pourtour, un voile en surface, des bulles sur une cuvée qui ne devrait pas en produire : ces signaux visuels ne concluent rien à eux seuls, mais ils indiquent où porter l'attention. À l'inverse, un léger trouble ou quelques particules en suspension n'ont aucune valeur d'alerte sur ce sujet précis, et nous y revenons plus bas.

L'examen olfactif identifie ensuite la grande majorité des principaux défauts : le bouchon, le brett, la volatile, la réduction, l'oxydation. Chacun a une caractéristique reconnaissable une fois qu'on l'a rencontrée une première fois, et c'est bien pourquoi la mémoire compte davantage que le vocabulaire. L'examen gustatif ferme la marche et détecte en bouche ce qui échappe aux deux premiers. Un dégustateur qui s'arrête au deuxième laisse passer une famille entière de déviations, celle dont la présence ne se manifeste qu'après avoir avalé.

Pourquoi les vins nature y sont plus exposés

Le dioxyde de soufre joue deux rôles dans une cuve : il protège de l'oxygène et il freine les micro-organismes indésirables. Un vigneron qui n'en ajoute pas, ou seulement une dose symbolique à la mise en bouteille, se prive volontairement de ces deux filets. Le risque de déviance monte mécaniquement, ce n'est ni une opinion ni un procès d'intention.

S'ajoute la fermentation spontanée. Là où une levure sélectionnée démarre vite et impose sa population, les levures indigènes du raisin mettent parfois plusieurs jours et laissent la porte ouverte à d'autres espèces. Le processus de vinification devient une course entre des micro-organismes, et le vigneron n'a pour arbitre que la température et la propreté du chai.

C'est pour cela que l'hygiène compte davantage ici qu'ailleurs, et qu'elle commence à la récolte. Une vendange saine, triée, rentrée fraîche le matin, limite d'emblée la population de micro-organismes indésirables ; une récolte tiède et abîmée les apporte dans la cuve. L'hygiène du chai prend ensuite le relais : barriques nettoyées à la vapeur, cuves inspectées plusieurs fois par semaine, sulfitage décidé en fonction de l'analyse plutôt que du calendrier.

Les domaines que nous travaillons parmi nos vignerons partenaires font analyser leurs cuves régulièrement pour suivre l'acidité volatile, et beaucoup font suivre la fermentation malolactique par un laboratoire. Un vin nature réussi n'est pas un vin abandonné à lui-même : c'est un vin surveillé de très près, avec moins d'outils correctifs à disposition. Les principes de la viticulture biodynamique vont dans le même sens, en amont, à la vigne.

La conséquence pratique est simple. Sur ce type de vin, un grand nombre de flacons présentent une petite signature qui n'existerait pas ailleurs, et une minorité bascule franchement. Savoir reconnaître laquelle est laquelle est la seule compétence utile.

Le goût de bouchon : la déviation sans discussion

Le goût de bouchon est le plus connu des défauts courants, et le seul qui ne dépende pas du style du vigneron. Il vient du liège, plus précisément d'une molécule connue sous le nom de trichloroanisole, le TCA, formée quand un composé chloré rencontre une moisissure. L'odeur est celle du carton humide, de la cave fermée, du torchon oublié dans une machine.

Deux détails le rendent plus difficile à repérer qu'on ne le croit. Le premier est le seuil de perception, extrêmement bas : quelques nanogrammes par litre suffisent, soit une quantité invisible à toute analyse de routine. Le second est qu'à faible dose, le TCA ne sent rien du tout. Il se contente d'éteindre le vin. Un verre qui paraît muet, sans fruit, sans longueur, avec un manque de saveur inexplicable sur une cuvée dont on connaît la qualité, est très souvent légèrement bouchonné.

Il n'existe aucun remède. Ni la carafe, ni le film alimentaire, ni le temps ne retirent le trichloroanisole. Une bouteille bouchonnée se remplace, et tout caviste sérieux le fait sans discuter.

Le brett : écurie, cuir et sparadrap

Brettanomyces bruxellensis est une levure de contamination, présente dans les chais et les bois anciens. Quand elle se développe après la fermentation alcoolique, elle transforme certains acides du raisin en éthylphénols, dont le 4-éthylphénol et le 4-éthylgaïacol. Ces molécules portent des odeurs très reconnaissables : écurie, sueur de cheval, cuir, sparadrap, parfois clou de girofle.

Le brett est l'exemple parfait de la frontière mouvante. À faible dose, sur un grenache ou une syrah puissante, ces notes animales font partie de l'identité du vin et beaucoup d'amateurs les recherchent. Certaines appellations du Rhône y ont bâti leur réputation. À forte dose, elles écrasent tout : le fruit disparaît, le vin devient sec et poussiéreux en finale, et l'ensemble sent l'étable plus que la vigne.

Le signe qui ne trompe pas est l'évolution dans le verre. Un caractère animal maîtrisé s'ouvre et se fond avec l'aération. Une population de Brettanomyces active se renforce au contraire à mesure que le verre se réchauffe, et le second verre est toujours pire que le premier.

L'acidité volatile : quand le fruit vire au vinaigre

L'acidité volatile mesure la part des acides qui s'évaporent, principalement l'acide acétique, produit par des bactéries acétiques en présence d'air. C'est la déviation la plus classique des vins peu protégés, et elle porte deux visages selon sa concentration.

En petite quantité, l'acide volatile relève le fruit, apporte de la verticalité et fait paraître le vin plus frais qu'il ne l'est. De grands vins en portent une part assumée. Au-delà, l'odeur de vinaigre s'impose à l'odorat, accompagnée d'une note de vernis à ongles ou de colle qui vient de l'acétate d'éthyle, son compagnon habituel. En bouche, la finale devient piquante et brûlante.

La réglementation européenne fixe un plafond de vingt milliéquivalents par litre pour un vin rouge, soit environ 1,2 gramme par litre exprimé en acide acétique, et dix-huit pour un vin blanc. La perception, elle, commence bien plus tôt, autour de 0,7 gramme par litre chez la plupart des dégustateurs. Un vin peut donc être parfaitement conforme et sentir déjà le vinaigre.

La reconnaître à table en deux gestes

Sentez le verre juste après le service, puis à nouveau cinq minutes plus tard. Une volatile élevée devient plus présente, jamais moins, car l'aération favorise l'évaporation des acides. Ensuite, portez le verre à hauteur des narines sans agiter : le vinaigre monte seul, il n'a pas besoin d'être cherché. Si la note reste discrète après ces deux gestes, elle fait partie du vin.

La piqûre lactique : choucroute, beurre et lait tourné

Moins connue que les précédentes, la piqûre lactique concerne surtout les cuvées qui conservent quelques grammes de sucre à la mise en bouteille. Des bactéries lactiques les consomment et libèrent du diacétyle, la molécule qui parfume le beurre, ainsi que des composés évoquant la choucroute ou le lait tourné.

Le signal le plus fiable est une conjonction : une effervescence discrète, une texture qui s'épaissit un peu, et cette odeur lactée qui n'a plus rien de fruité. Sur un blanc, elle rappelle le yaourt nature ; sur un rouge, le chou, mais sans la volatilité de la réduction. À très faible dose, le diacétyle passe pour une note beurrée agréable, et il est même recherché dans certains chardonnays élevés en barrique. Au-delà, il rend la cuvée molle et écœurante.

C'est une déviance sur laquelle rien ne peut être tenté : les bactéries ont déjà transformé la matière, et l'aération n'y change rien. Elle demeure rare chez les vignerons qui font analyser leurs sucres résiduels avant la mise.

Le goût de souris : celui qui échappe au nez

C'est la déviation la plus déroutante, et celle qui provoque le plus de malentendus au comptoir. Le goût de souris ne produit aucun défaut olfactif : on peut sentir le verre longuement sans rien remarquer d'anormal, et trouver le vin parfaitement net.

La raison est chimique. Les molécules en cause, des tétrahydropyridines produites par certaines bactéries lactiques lors de la fermentation malolactique, ne sont pas volatiles au pH acide du vin. Elles le deviennent dès qu'elles rencontrent la salive, plus proche de la neutralité. La perception arrive donc par rétro-olfaction, cinq à dix secondes après avoir avalé, sous la forme d'une sensation persistante de céréale rance, de pop-corn froid ou de cage à rongeurs. Elle s'accroche au palais et résiste au rinçage.

Ce décalage explique deux situations fréquentes. Un client peut trouver un vin excellent au nez et le juger imbuvable trente secondes plus tard, sans se contredire. Et deux personnes autour du même flacon peuvent être en total désaccord : la sensibilité à ces composés varie fortement d'un individu à l'autre, et une partie de la population ne les détecte pas du tout. Contrairement à une idée répandue, la souris ne s'atténue pas à l'aération. Elle a tendance à s'installer.

La réduction : œuf pourri, allumette, caoutchouc

La réduction est l'inverse exact de l'oxydation : un vin élevé à l'abri de l'air développe des composés soufrés volatils. Le sulfure d'hydrogène donne l'œuf pourri, les mercaptans le chou cuit, l'oignon ou le caoutchouc brûlé, et à petite dose une note d'allumette craquée que beaucoup apprécient sur un blanc tendu.

La bonne nouvelle est qu'il s'agit du seul cas où le geste du service change tout. Ces molécules sont fugaces : un carafage énergique, ou simplement un verre remué pendant deux ou trois minutes, les fait disparaître dans la plupart des cas. Une vieille astuce consiste à plonger une pièce en cuivre propre dans le verre, le métal fixant les composés soufrés.

La règle que nous appliquons est donc l'attente. Face à une odeur soufrée, on aère, on patiente, et on sent à nouveau. Si le fruit revient, il n'y avait pas de défaut mais un vin fermé. Si l'œuf pourri persiste au bout d'un quart d'heure, la réduction est trop installée.

Effervescence inattendue et trouble : refermentation ou vin vivant

Ouvrir un vin tranquille et le trouver perlant surprend toujours. Le gaz carbonique vient d'une reprise de fermentation en bouteille : quelques grammes de sucre non consommés, une levure encore active, une cave un peu chaude, et la production de gaz reprend là où elle s'était arrêtée. Le vin devient trouble, un fin sédiment se forme, et la bouteille peut pousser son bouchon.

Faut-il jeter ? Rarement. Une effervescence inattendue légère se dissipe en carafe et ne laisse qu'un vin un peu plus vif. Certains vignerons la revendiquent même, et c'est tout le principe des pétillants naturels, où la refermentation est provoquée volontairement lors de la mise en bouteille. Le problème n'apparaît que si le gaz s'accompagne d'une odeur lactique de yaourt ou de choucroute, signe que d'autres bactéries ont travaillé en même temps.

Quant au trouble et au dépôt, ils ne sont pas des défauts visuels mais la conséquence directe d'une absence de filtration et de collage. Un vin nature limpide est l'exception, pas la règle. On sert doucement, on laisse le fond dans le flacon, et on n'en parle plus.

L'oxydation : vin cuit, vin jaune, ou parti pris

L'oxydation du vin résulte d'un contact prolongé avec l'oxygène. Elle se voit d'abord à la couleur, un blanc qui tire vers l'ambre ou un rouge qui brunit sur le pourtour, puis se sent : pomme blette, noix, caramel, jusqu'à la note de vin cuit des flacons restés debout dans une pièce chauffée.

Ici encore, le contexte décide. L'élevage oxydatif est un style ancien et parfaitement maîtrisé, celui du vin jaune du Jura ou des blancs sous voile, où la noix et le curry sont le but recherché. Sur un blanc de l'année censé être vif et citronné, le même arôme est un accident, presque toujours dû au transport ou au stockage plutôt qu'au vigneron. Une bouteille de vin déjà entamée suit la même pente, plus vite encore : nous détaillons ailleurs combien de temps garder une bouteille ouverte.

Reconnaître les principaux défauts en un coup d'œil

DéviationCe que l'on perçoitQuandRécupérable
Goût de bouchonCarton humide, cave fermée, ou vin éteintÀ l'odorat, dès le serviceJamais
BrettanomycesÉcurie, cuir, sparadrapÀ l'olfaction, s'accentue à l'airNon
Acidité volatileOdeur de vinaigre, vernis, finale piquanteÀ l'odorat, s'accentue à l'airNon
Goût de sourisCéréale rance, pop-corn froid, très persistantEn rétro-olfaction, après avoir avaléNon
RéductionŒuf pourri, chou, caoutchouc, allumetteÀ l'olfaction, dès l'ouvertureOui, en carafe
RefermentationBulles, trouble, dépôtÀ l'œil, dès le serviceSouvent
Piqûre lactiqueChoucroute, beurre, lait tournéÀ l'olfaction, s'installeNon
OxydationPomme blette, noix, couleur ambréeÀ l'œil puis à l'odoratNon

Trois tests à faire avec le verre en main

Aucun de ces gestes ne demande de matériel, et ils suffisent à trancher la grande majorité des cas rencontrés au service.

  • Le test de l'air. Sentez, attendez cinq minutes, sentez à nouveau. Ce qui s'efface était une réduction ou un vin fermé ; ce qui grandit est une acidité volatile ou du brett.
  • Le test de la température. Réchauffez le verre dans la main. Le froid masque les déviations, la chaleur les révèle. Un rouge servi trop frais peut sembler net et se découvrir à dix-huit degrés.
  • Le test de la rétro-olfaction. Prenez une gorgée, avalez, expirez par le nez et comptez jusqu'à dix. C'est le seul moyen de détecter les défauts gustatifs qui n'existent pas au nez, la souris en premier lieu.

Ces trois tests forment l'ossature de la première séance de nos ateliers, avec des flacons volontairement déviants à côté de flacons sains. Rien ne remplace la comparaison directe : un défaut se reconnaît infiniment mieux quand on a senti son voisin sain dans la minute qui précède.

Ce que l'on nous demande au comptoir

Quels sont les défauts du vin nature les plus courants ?

Le brett, l'acidité volatile, la réduction, le goût de souris et la refermentation en bouteille. Le goût de bouchon s'y ajoute, mais il concerne tous les types de vin puisqu'il vient du liège et non de la vinification.

Comment savoir si un vin est défectueux ?

Sentez, attendez cinq minutes, sentez à nouveau, puis goûtez et expirez par le nez. Si une odeur désagréable domine le fruit et s'installe au lieu de s'estomper, le vin est défectueux. Si elle recule et laisse revenir les arômes, c'était une phase passagère.

Un vin trouble avec un dépôt est-il mauvais ?

Non. Le trouble et le dépôt viennent de l'absence de filtration et de collage, qui sont des choix de vinification revendiqués. Ils ne disent rien de la qualité du vin. Servez doucement en laissant le fond dans la bouteille.

Quels sont les inconvénients du vin naturel ?

Une plus grande variabilité d'une bouteille à l'autre, une sensibilité réelle à la chaleur pendant le transport et le stockage, et une durée de conservation après ouverture plus courte. En contrepartie, ce sont des vins plus digestes pour beaucoup de dégustateurs et plus expressifs du terroir.

Peut-on rattraper un vin qui sent le vinaigre ?

Non. L'acide acétique déjà formé ne disparaît pas et continuera d'augmenter une fois la bouteille ouverte. Le vin reste utilisable en cuisine, dans un plat mijoté, mais il ne redeviendra pas buvable au verre.

Le goût de souris se sent-il au nez ?

Non, et c'est ce qui le rend si particulier. Les molécules responsables ne s'évaporent qu'au contact de la salive, moins acide que le vin. La sensation arrive donc après avoir avalé, jamais avant.

Éviter les déviations : ce qui dépend du buveur

Une part des défauts rencontrés à l'ouverture n'a pas été produite au chai. Elle vient du transport, du stockage et du service, c'est-à-dire de la partie du parcours que nous maîtrisons. Sur des vins peu sulfités, ce n'est pas un détail : la même cuvée peut être remarquable chez le vigneron et fatiguée trois mois plus tard dans une mauvaise cave.

La chaleur est le premier risque. Au-delà de vingt-cinq degrés, les levures encore présentes redémarrent et les composés oxydés se forment plus vite. Une caisse laissée une après-midi dans un coffre de voiture suffit à effacer une année entière de travail. La lumière directe est le second risque, en particulier sur les blancs en verre clair. La solution tient en trois mots, frais, sombre et stable, plus une position couchée pour que le liège ne sèche pas.

Le service compte également. Un rouge servi trop chaud exagère l'alcool et la volatile ; un blanc servi glacé masque tout, y compris une déviance que l'on découvrira une fois le verre réchauffé. Nous indiquons directement sur notre carte des vins la température conseillée pour chaque cuvée, et l'expérience montre que deux ou trois degrés changent la perception plus sûrement que n'importe quel accessoire.

Enfin, une cuvée qui paraît fatiguée ne se jette pas systématiquement. Un vin légèrement oxydé fait un excellent support de cuisson, une réduction excessive se traite par l'aération, et une imperfection isolée sur un lot bio ou en conversion ne dit rien du reste de la production. La meilleure façon de progresser reste de goûter, de nommer ce que l'on trouve, et de comparer.

Une bouteille déviante : la rendre ou la garder

Au restaurant comme au bar, un vin bouchonné, franchement volatil ou marqué par la souris se signale sans hésitation, et il se remplace. C'est la règle chez nous, et c'est aussi ce que nous attendons de nos fournisseurs. Personne ne discute un bouchon.

Pour un achat en cave, la démarche est la même : gardez la bouteille et son contenu, décrivez ce que vous avez senti, et revenez voir votre caviste. Sur les vins de notre cave à emporter, un vin déviant est repris. Les vignerons eux-mêmes veulent le savoir, car une déviation qui touche plusieurs bouteilles d'un même lot les renseigne sur ce qui s'est passé au chai.

Reste le cas des vins simplement atypiques, qui ne sont pas défectueux mais dont le style surprend. Là, la bonne réponse n'est pas le retour mais l'accompagnement : un plat plus gras, une température différente, une carafe, ou tout simplement une seconde tentative le lendemain. Beaucoup de flacons jugés ratés à la première gorgée deviennent passionnants une heure plus tard.

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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